Mobilisation contre la disparition des Studios de l'Usine à Eragny sur Oise (95)
Par le modérateur du Blog le 05/06/07, - Transmission et circulation - Lien permanent
Après 19 ans d'activité, les Studios de l'Usine basés à Eragny-sur-Oise ferment leurs portes à la fin du mois de juillet, la commune ayant mis en vente le terrain sur lequel ce lieu précurseur est implanté. Durant 19 ans, cette salle de concert de 150 places a joué un rôle de découverte et de promotion des nouveaux talents musicaux, proposant une fois par mois, une programmation diversifiée et de qualité (Dyonisos, Zebda, Tété, Prohom, Punish Yourself, Rubin Steiner, Craftmen Club, Guns of Brixton...). La structure propose également 2 studios de répétition très fréquentés, ouverts à de nombreux groupes de la région.
Par la voix de son Président, le MAAD 93 vient apporter son soutien aux Studios de l'Usine, bientôt fermés par la mairie : lisez ci-dessous la lettre de soutien qu'il a envoyée à Madame le maire d'Eragny sur Oise :
Madame le maire,
Je tenais par une démarche personnelle à vous informer de mon soutien aux Studios de l'Usine. Ceci à plusieurs titres.
D'abord en tant que musicien et ancien Valdoisien.
Permettez-moi de témoigner de l'importance d'un lieu comme les Studios de l'Usine en matière d'intégration sonore et d'accès à une expression artistique libre et de qualité. Il est le berceau d'une pratique amateur qui revendique la diversité culturelle et l'alternative à l'uniformisation médiatique. Il constitue en outre un formidable espace de diffusion et de création pour les professionnels qui ont besoin de lieux pour exister, fussent-ils humbles. Il ne faut cesser cette mission de service public, de service culturel au public, car des musiciens citoyens comptent dessus.
Souvenez-vous de l'époque (fin des années 80) où j’intervenais dans les classes d’Eragny en tant que musicien/animateur employé par le CAIE. Ma mission était de sensibiliser à la musique, à l'écoute, à l'improvisation et à la création spontanée. Peut-être que des enfants, rendus curieux et créatifs grâce au choix de votre municipalité de s’engager dans cette proposition d’action culturelle, sont aujourd'hui en passe de perdre leur lieu d'expression et de création.
Puis en tant que chargé de mission à l'ADIAM 95 de 1996 à 2000.
Les Studios de l'Usine ont toujours été particulièrement pertinents dans leur projet culturel. Ils ont su passer avec efficacité du secteur Jeunesse à celui de la Culture. Ce lieu a été partie prenante dans la création du réseau COMBO 95. J'avais ressenti votre prise de conscience de la valeur de cet équipement et avais déjà été sollicité pour accompagner Eragny dans l'évolution et l'extension du lieu. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois au Conseil général à cette occasion. En 2001, à la tête de la ville, vous vous étiez engagée dans une dynamique de concrétisation d’un projet de nouveau lieu de musiques actuelles, je devais participer à la commission de choix de la maîtrise d’œuvre. Cette orientation était tout à fait à la hauteur de votre engagement et de vos exigences, et vous pouvez croire que cette opération aurait permis de donner à votre commune une particularité notoire en matière de modernisation du service public. Le public et l'équipe des studios étaient à la hauteur.
Enfin, aujourd'hui en tant que directeur d'une structure de musiques actuelles et Président du réseau départemental des lieux de Seine Saint-Denis, le MAAD 93.
La perte d'un lieu de musiques actuelles est un contre-sens, pour toute la profession (directeurs, régisseurs, programmateurs, relations publiques...) comme pour tous les musiciens : ceux des conservatoires, des grands orchestres, des ensembles instrumentaux amateurs, des élèves, des profs et des groupes de musiques amplifiées. Aujourd'hui, le monde marchand prend la place de tout, l'hyper-médiatisation écrase tout. Nos lieux et leurs équipes ne peuvent répondre au besoin toujours grandissant de s'échapper du pré-formaté, de construire soi-même un univers musical plutôt que de le consommer. Les lieux de pratique des musiques actuelles sont aussi importants que les écoles de musiques ou les médiathèques qui transmettent l'art au plus près de tous, car ils permettent à une culture de ne pas rester figée et de s'enrichir de son mouvement.
Voilà pourquoi je rejoins les signataires de la pétition contre la disparition des Studios de l'Usine : ceux qui entrent dans une certaine résistance à la consommation de la Culture de masse, les musiciens de Blanc-Mesnil aux côtés de ceux du Val d'Oise, ceux d'Ile de France, et demain peut-être, si la situation évolue mal en France, ceux de tout le pays.
Les quelques rencontres positives que nous avons eues me laissent persuadé qu'il reste des chances de trouver une solution. Bon nombre de personnes sont prêtes à vous aider, je suis moi-même à votre disposition.
Dans l'espoir d'une sortie positive de cette triste mésaventure, permettez-moi de vous adresser mes respectueuses et très cordiales salutations.
Eric Paris
Directeur du Deux Pièces Cuisine
Président du MAAD 93





